PROJET DE LOI BLANQUER POUR L’ÉCOLE : DÉRIVE DROITIÈRE AU SÉNAT

Le 21 mai dernier, le Sénat a voté le projet de loi « Pour une École de la Confiance » du ministre Blanquer, avec l’adoption de 28 nouveaux articles et 200 amendements.

Si des mesures comme celle de l’instruction obligatoire à 3 ans – certes largement symbolique puisque seuls 26 000 enfants de France métropolitaine ne sont pas scolarisés- ont fait l’objet d’un vote unanime avec toutefois comme conséquence le financement des maternelles privées par les communes à hauteur de 150 millions d’euros, force est de constater que le texte finalement adopté déporte fortement l’École sur la droite de l’échiquier politique.

L’autoritarisme sort considérablement renforcé des votes du Sénat : c’est ainsi que l’article 9 met fin au CNESCO (Conseil National de l’Évaluation du Système Scolaire), organisme autonome et indépendant d’évaluation des politiques éducatives, pour le remplacer par un Conseil de l’Évaluation de l’École placé sous contrôle ministériel.

Dans le même temps, l’article 1 sur le devoir de réserve des enseignants est durci par les sénateurs qui ont retiré la mention aux droits des enseignants tandis que les ESPE (Écoles Supérieures du Professorat et de l’Éducation) déjà supprimées dans le projet de loi pour être remplacées par des INSPE (Instituts Nationaux Supérieurs du Professorat et de l’Éducation) verront leurs directeurs nommés par les ministres.

Enfin, l’article 6 ter transforme les directeurs d’école en supérieurs hiérarchiques et en évaluateurs de leurs collègues professeurs d’écoles, introduisant ainsi une relation de travail en total décalage avec la réalité du fonctionnement quotidien des équipes pédagogiques du premier degré.

Cet autoritarisme s’accompagne d’une aggravation des conditions du métier d’enseignant avec l’imposition d’une formation continue des enseignants du second degré durant les congés (article 14 bis), l’annualisation du temps de service des enseignants aujourd’hui organisé sur la semaine (article 8) et un droit de regard des chefs d’établissements sur les affectations des enseignants (article 14 quater).

Mais le poids idéologique de la droite sur ce projet de loi trouve sa pleine mesure au travers de deux articles qui placent l’École sous le signe de l’exclusion, du tri des enfants et de leur famille.

En interdisant via un amendement le port des signes religieux ostentatoires pour les personnes qui accompagnent les sorties scolaires – ciblant évidemment les mamans qui portent le voile-, la droite remet en cause la décision du Conseil d’Etat de mai 2013 qui précisait que les accompagnateurs, à l’inverse des enseignants, n’étaient pas soumis au devoir de neutralité.

Réintroduire cette mesure d’exclusion au caractère provocateur et stigmatisant, c’est témoigner d’une totale ignorance de la vie des écoles mais c’est aussi placer les équipes éducatives dans des situations inextricables.

Pour parachever cette offensive, l’article 1 bis supprime les allocations familiales aux parents d’enfants absentéistes : véritable obsession de la droite déjà appliquée entre 2010 et 2013 via la loi Ciotti, cette mesure a très largement démontré son inefficacité dans notre pays tout comme, par exemple, en Angleterre.

A l’issue du débat au Sénat, c’est bel et bien une école de l’autoritarisme, de la stigmatisation et de l’exclusion qui émerge sous le joug d’une droite réactionnaire majoritaire dans cet hémicycle.

La commission mixte paritaire qui se tiendra le 13 juin montrera jusqu’où la droite et la majorité macronienne s’accordent sur une politique éducative libérale, inégalitaire et excluante.

 

Auteur: sa

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