Des classes à 24 : une nouvelle promesse, à haut risque.

Une des mesures « phares » annoncée par Emmanuel Macron lors de sa conférence de presse sur l’école concerne la réduction à 24 élèves par classe en grande section maternelle, en CP et en CE1 : cette annonce, si alléchante soit-elle, appelle plusieurs remarques :

-la démographie scolaire va chuter de 250000 élèves entre 2019 et 2023 : le président va donc devoir fermer des classes là où le nombre d’élèves est insuffisant pour pouvoir redéployer ailleurs et rabaisser les effectifs à 24 dans les classes annoncées, à savoir les grandes sections maternelles, les CP et les CE1.

Or ces suppressions de classes (et pas d’écoles) vont avoir lieu essentiellement en milieu rural là où les effectifs sont souvent les plus fragiles : les maires, les équipes éducatives et les parents vont naturellement et légitimement s’y opposer, d’où un redéploiement compliqué à mettre en œuvre dans la réalité.

-pour mettre les effectifs des classes à 24, il faudra entre 5000 à  10000 postes : un poste coûtant environ 60000 euros, la facture va être élevée et le ministre Blanquer va avoir besoin d’un budget à la hauteur, ce qui signifie que faute d’une augmentation de ce budget, le ministre va continuer à ponctionner des postes dans le second degré comme il l’a fait par exemple cette année (2600 postes prélevés dans le second degré et 2650 suppressions prévues l’an prochain pour abonder le premier degré)

-la question de l’effet de seuil va rapidement poser des problèmes : en mettant un seuil à 24 élèves, on sait qu’à partir de 25 élèves les demandes d’ouvertures seront logiquement revendiquées, et il sera bien difficile de justifier un refus d’ouverture à un élève près du seuil fixé.

-l’abaissement des effectifs est certes une mesure intéressante mais elle ne peut se suffire à elle-même : les études montrent que l’abaissement de 28 élèves à 24 élèves joue très peu sur la réussite des élèves : il faut donc rappeler que, par exemple, la question de la formation initiale mais surtout continue des enseignants est indispensable et impacte, elle, pleinement sur la réussite des élèves.

-en revanche, on peut regretter que le dispositif « Plus de maîtres que de classes », plébiscité par les équipes éducatives, ait été subrepticement démantelé -sur les 1547 postes de 2018, 689 sont supprimés pour abonder les classes à 12 élèves- alors qu’il constitue précisément un dispositif pédagogique autrement plus efficace que l’abaissement des effectifs de 28 à 24 élèves. Mais sans doute l’actuel président et son ministre de l’éducation ont-ils décidé de supprimer tout ce qui existait avant leur arrivée au pouvoir…

-enfin, rappelons que le Président de la République vient d’enterrer sa promesse de mi-janvier, à savoir la généralisation des dédoublements pour toutes les classes -mesure qui auraient nécessité 120 000 postes- sans oublier que par exemple, dans un département comme celui de la Seine-Saint-Denis, il manque à ce jour 100 postes pour mener à bien le dédoublement des CE1.

Il est bien regrettable de se renier pour lancer une annonce dont on mesure déjà la complexité de la mise en œuvre, non seulement faute d’un budget à la hauteur des besoins mais également dans le contexte de la loi Blanquer actuellement en discussion au Parlement et qui suscite un rejet massif de l’ensemble des acteurs et des partenaires du monde éducatif.

Auteur: sa

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