Projet de loi « Pour une école de la confiance » : un tournant idéologique

En discussion à partir du lundi 11 février à l’Assemblée nationale, le projet de loi « Pour une École de la Confiance » du Ministre Blanquer traduit de manière éclatante deux  objectifs de cette politique éducative : la « reprise en main » du système et le choix idéologique d’une  école « pour quelques-uns » au détriment d’une école « pour tous » :

La volonté d’une « reprise en main » du système se traduit par un autoritarisme à peine voilé et par  une mise sous contrôle que l’on peut illustrer avec l’article 1 et l’article 9 de ce projet de Loi.

L’article 1 rendrait toute critique portée par un enseignant sur l’institution scolaire comme potentiellement sanctionnable par une révocation. Il s’agit bel et bien de la généralisation du principe de devoir de réserve aujourd’hui imposé aux seuls cadres du système éducatif (recteurs, directions académiques, inspecteurs).

Avec l’article 9 du projet de loi, le Ministre place l’évaluation du système éducatif sous son contrôle en remplaçant l’actuel Conseil National de l’Évaluation du Système Scolaire (CNESCO), organisme indépendant et transparent, par un Conseil d’Évaluation de l’École (CEE) contrôlé par le ministère (4 parlementaires, 6 personnalités nommées par le Ministre et 4 représentants du Ministre).

Alors qu’à l’instar de toutes les grandes démocraties, notre pays a besoin que son École soit évaluée par une instance indépendante, transparente et autonome, cette nouvelle structure sera privée de liberté d’approche, d’autonomie et d’avis propre indispensable à toute évolution objective.

Le choix idéologique d’une école « pour quelques-uns » au détriment d’une école « pour tous » est affiché aux articles 3 et 6 de ce projet de loi.

L’instruction obligatoire à 3 ans inscrite dans l’article 3, outre le fait qu’elle concerne très peu d’enfants – 26 000 – introduit en fait l’obligation de financement des maternelles privées par les communes pour un montant estimé à 50 millions d’euros, quand les maternelles privées –  au contraire de celles du public – ne sont pas soumises au principe de mixité sociale. Et pour tout arranger, alors que les communes concernées devront financer dès 2019 les maternelles privées, les remboursements par l’État n’interviendront pas avant 2021.

C’est dans le même esprit que le Ministre, à l’article 6 de son projet de loi sur la création des établissements publics internationaux (EPLEI), maintient un recrutement des élèves sur la base de critères qui ne garantissent aucunement la mixité sociale, préparant des diplômes internationaux par ailleurs dérogatoires aux programmes et règles françaises.

Les débats parlementaires en cours confirment que « l’École de la Confiance » voulue par le Ministre est surtout marquée par une volonté de contrôle et de main mise sur le système éducatif, système au sein duquel la dimension idéologique privilégie résolument l’idée d’une école « pour quelques-uns »  au détriment du principe républicain d’une école « pour tous ».

Ce projet devrait passer en séance plénière à l’Assemblée le 11 février : son adoption tel quel marquerait un tournant inquiétant de la politique éducative.

Auteur: sa

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